Véritable globe-trotter, Sébastien Cailleux a réalisé de nombreux clichés en Ethiopie, en compagnie de deux artistes locaux. Il revient sur l'expérience acquise lors de cette aventure humaine.
Quand je fais le calcul aujourd'hui, j'ai voyagé dans plus de 60 pays pour la photographie. Je suis allé dans la plupart d'entre eux 3, 4 voire 5 fois.
Il se trouve que l'Afrique a un intérêt assez particulier, aujourd'hui, en 2010. Il y a une forme de modernisation, de changement qui s'instaure. C'est une société qui était très ancestrale, qui perdurait depuis des millénaires et qui, en ce moment, est en train de muter et d'évoluer. L'Afrique s'offre désormais aux photographes comme jamais auparavant.
J'ai exercé la profession de journaliste-reporter pendant des années et, aujourd'hui, j'ai fait un peu le tour de la photographie documentaire. C'est donc un réflexe vital, pour ne pas tomber dans la routine et l'ennui, que d'essayer d'explorer systématiquement de nouveaux domaines, de nouveaux champs.
Ils se présentent à moi de manière fortuite et hasardeuse le plus souvent, et je m'y engouffre. Ce sont des portes de cathédrales qui s'ouvrent, tout simplement. Je m'éloigne donc de plus en plus de la photographie documentaire et je me rapproche d'un travail plus personnel, qui me correspond.
Toutes ces photos éthiopiennes ont été faites en collaboration avec deux artistes éthiopiens, qui n'étaient pas à proprement parlé photographes, mais artiste peintre et artiste photographe en "free-lance". C'était un vrai partage. Personnellement, j'ai amené une certaine expérience et un certain matériel grâce à mes partenaires. J'ai d'ailleurs un partenariat avec Fujifilm assez exceptionnel, qui me permet d'avoir des ambitions et de mener à bien mes projets.
Je suis arrivé en Ethiopie avec du matériel photo haut de gamme que j'ai remis à des jeunes étudiants artistes. Habituellement, ils n'ont évidemment pas accès à ce type de matériel. Ils étaient très contents de le recevoir, ainsi qu'un support logistique assez fort. En échange, j'ai reçu une immersion totale dans le pays, puisqu'ils m'ont aidé et ouvert les portes.
Les photos, derrière, ne sont pas toutes à moi. Elles appartiennent à un collectif qu'on a créé tous les 3, Trinity, et qui est une unité. On a vraiment choisi de se donner une chance les uns aux autres. On travaille presque d'une façon convulsive, impulsive, mais également d'une manière très réfléchie.
Je ne regarde plus ma cellule et j'essaye de cibler la frange de la lumière. J'ai notamment beaucoup travaillé en multi-impression récemment, mais c'était une erreur.
Il y a une chose intéressante que je peux ajouter et qui me suis depuis que je fais de la photographie, c'est que tout est venu de l'erreur. L'erreur peut être d'appuyer par accident sur le bouton, y compris avec son coude quand on marche, et là, une photo qu'on avait pas du tout prévu s'imprime. Et parfois, une fois sur 100, cette photo a quelque chose d'extraordinaire.